Quels arguments font mouche pour convaincre les collectivités locales de favoriser les projets d’énergies renouvelables sur leur territoire ?

Parmi tous ceux évoqués par les professionnels présents en force au Salon des Maires à Paris qui s’est ouvert aujourd’hui, le plus récurrent est celui de la propriété des centrales dans les collectivités. « Nous gardons tous nos actifs et allons agir pendant longtemps sur les territoires  », affirme ainsi Franck Maes, responsable du développement de Reden Solar en France. La promesse est la même chez EnergieKantor, développeur-producteur allemand, basé à Brême, qui vient d’ouvrir deux bureaux éolien et solaire à Rouen et à Toulouse. « Nous sommes propriétaires de 270 MW et travaillons depuis 28 ans en autofinancement. Avec nous, pas de risque de faillite ou de promesses fallacieuses », garantit Filip Casaer, directeur France d’Energie Kantor.

A cette stabilité et expérience, le développeur-producteur allemand ajoute la possibilité d’associer financièrement la collectivité locale, propriétaire par exemple d’une éolienne sur quatre appareils mis en service, avec deux sociétés de projet bien distinctes. Attention, le développeur ne fait pas ici appel à l’investissement participatif réglementaire, d’autant moins qu’il ne souhaite pas passer par les appels d’offres de l’administration française. L’idée est ici d’associer les territoires mais de conserver les coudées franches sur le management du portefeuille.

Concertation très en amont

Cela dit, cette coopération financière suppose que la commune, ou l’EPCI*, a les moyens d’investir et qu’elle dispose de foncier. Ce qui est loin d’être toujours le cas. En outre, « il est parfois compliqué d’investir de l’argent public dans des projets par définition à risque », fait remarquer Samuel Lamotte d’Incamps, directeur général de W.E.B., développeur, exploitant et producteur (85 MW dans l’Hexagone) surtout éolien, d’origine autrichienne, présent lui aussi au Salon des Maires. Pour pousser ses pions, W.E.B. mise surtout sur le partage d’informations clés avec les riverains, dès la réalisation des études d’impact et non pas pendant l’enquête publique ultérieure. Un modus operandi apparemment plutôt rare. « Nous menons une concertation a priori et partageons les données des études, y compris avec les opposants à nos projets. Il n’y a aucune surprise, pour personne. C’est plus de travail en amont mais à la fin, les projets avancent mieux », fait remarquer le dirigeant.

Une autre idée qui a fait ses preuves ? Celle de la filiale strasbourgeoise d’Ostwind (basée à Regensburg en Allemagne), propriétaire de 100 MW éoliens et développeur de 300 MW de projets en ce moment, dont une extension (29 éoliennes) au grand parc de 70 turbines de Fruges (Pas-de-Calais). Ostwind propose aux collectivités locales des mesures d’accompagnement concrètes, financées par l’intermédiaire du mécénat et sous contrôle des pouvoirs publics pour éviter l’écueil de la corruption. Parmi elles, le financement d’antennes-relais pour la téléphonie, de campagnes de thermographie aérienne ou la contribution à l’isolation de bâtiments. Ostwind recourt aussi au financement participatif pour associer les riverains, en partenariat avec Enerfip.

les collectivités territoires d'autoconsommation
les collectivités territoires d’autoconsommation

Enerfip en mission pour les collectivités

Cette plateforme est également présente au Salon des Maires et on notera qu’elle diversifie en ce moment son approche du métier. Jusqu’à maintenant missionnée par les développeurs pour favoriser l’ancrage local de leurs projets, Enerfip va travailler aussi dans l’autre sens. « Nous aidons les collectivités à monter leur propres projets et fonctionnons comme assistant à maîtrise d’ouvrage, explique Jérôme Blanc, chef de projet. Le site basé à Montpellier structure ici le montage juridique et financier et aide à trouver les partenaires clés. L’initiative peut se faire surtout citoyenne, comme c’est le cas pour une centrale solaire de 250 kW à Luc-sur-Aude (Aude), accompagnée par Enerfip. Mais elle peut aussi laisser la majorité du capital des projets aux développeurs professionnels. « Nous nous positionnons comme l’intermédiaire entre la collectivité et le développeur », résume Julien Hostache, cofondateur d’Enerfip, qui va annoncer dans quelques semaines un projet 100% local à la fois solaire et hydrogène, en Occitanie.