En pleine folie du photovoltaïque, la société clermontoise MG2R Énergie proposait des offres mensongères pour attirer le chaland et décrocher le maximum de contrats. Le patron et son associé ont été condamnés ce mercredi à deux ans de prison assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve.

Sur le papier, l’offre était irrésistible. Spécialisée dans la pose de panneaux solaires et de centrales photovoltaïques à 25.000 €, MG2R proposait aux particuliers qu’elle démarchait des conditions imbattables.

Dans le détail?? Un contrat « packagé » et sans le moindre apport financier, incluant un prêt dont le coût serait d’emblée couvert par les revenus tirés de la revente à EDF de l’électricité produite?; l’assurance de disposer de panneaux solaires au rendement optimal – et largement surestimé?; l’engagement d’un taux d’intérêt renégocié à la baisse?; mais aussi une garantie de maintenance imbattable de vingt, voire vingt-cinq ans.

Des promesses non tenues

Voilà pour les promesses juteuses qui ont poussé des dizaines de Puydômois à parapher les papiers tendus par les commerciaux de l’entreprise, entre 2008 et 2010. « Pour beaucoup, la plus grande erreur de leur vie », résume l’avocat de l’un des couples spoliés (*).

Car ce (trop) beau miroir cachait en fait une réalité beaucoup moins clinquante. L’enquête de la division économique et financière du SRPJ a permis d’établir que les contrats, sitôt signés, étaient repris, annulant de fait le délai de rétractation légal. MG2R appâtait également les particuliers en leur assurant le versement d’une subvention du Conseil régional… qui n’existait plus.

panneaux solaires bifacial
panneaux solaires

Pendant que les propriétaires des panneaux solaires sombraient par dizaines dans la sinistrose, entre installations défaillantes, soucis d’étanchéité et centrales inopérantes pour cause de non-raccordement au réseau EDF, le patron et son associé – qui était aussi son beau-frère – menaient grand train.

Le patron dit avoir « perdu pied »

En 2009 par exemple, le premier se versait chaque mois 13.000 € de salaire. Cet homme de 61 ans, aujourd’hui retraité, nie pourtant avoir orchestré une arnaque de grande ampleur. « Moi, je m’occupais de la partie technique et de l’achat du matériel. J’avais laissé toute la partie commerciale à mon beau-frère, je n’y mettais pas le nez. On fonctionnait sur une confiance familiale », explique-t-il à la barre.
Le sexagénaire jure n’avoir découvert l’ampleur des dégâts que fin 2009, à l’issue d’une enquête de satisfaction menée auprès des clients. « Là, ça a été la catastrophe. Un choc terrible. J’ai pris conscience de la détresse de tous ces gens… Après, c’est vrai, j’ai perdu pied. Mais je vous assure que tout ça s’est fait dans mon dos. »

« Absolument rien ne prouve que mon client était au courant du système frauduleux mis en place par son associé (absent à l’audience pour raisons médicales, NDLR) pour démarcher les clients. Et dès qu’il en a eu connaissance, il s’est démené pour rétablir la situation », abonde son avocate, Me Lebert.

Des victimes « poussées  à la dépression  et au désespoir »

La chute sera aussi brutale que violente. Fin 2010, MG2R Énergie est liquidée. Elle affiche alors un passif cumulé de près d’1,5 million d’euros. Ce qui vaut à l’ancien patron d’être aussi poursuivi pour banqueroute.

Huit ans plus tard, une soixantaine de victimes se sont constitué partie civile pour réclamer réparation devant la justice. Dans l’impossibilité de faire face au prêt contracté, certaines ont été contraintes de vendre leur maison. D’autres, prises au piège de cet investissement ruineux, ont cumulé les ennuis de santé. « Par cupidité, les deux prévenus ont poussé ces gens à la dépression et au désespoir », souligne Hervé Lhomme, pour le parquet, avant de réclamer la condamnation du duo.

Son analyse est partagée par le tribunal. Les prévenus écopent de deux ans de prison assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve, comprenant l’obligation d’indemniser les victimes. Une peine assortie d’une interdiction de gérer une entreprise ou d’exercer toute profession commerciale pendant dix ans.