Par GreenUnivers. L’Ademe* a publié ce lundi 10 décembre une étude sur les trajectoires d’évolution du mix électrique et économique de la France à l’horizon 2060. L’agence défend l’idée que la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité pourrait atteindre 85% en 2050, et 95% en 2060, ce qui ne constitue pas vraiment une surprise de la part d’une institution qui promeut la transition énergétique. Plus étonnant, l’Ademe s’est appuyée sur les hypothèses de RTE et de la DGEC** pour donner davantage de poids à ses conclusions.

Solaire économique Poitiers
Solaire économique

7 scenarii

L’objectif de ce rapport est d’étudier les meilleurs choix technico économique pour diversifier le mix électrique français. Régulièrement attaquée par ses détracteurs sur la pertinence des hypothèses sur lesquelles elle se base pour réaliser ses études, l’Ademe a repris les prévisions  de RTE et de la DGEC en matière de demande économique (entre 430 et 600 TWh/an), de prix (EPR nouveau à 70 €/MWh) ou d’exportation (>100 TWh). « L’idée était de démontrer que même en prenant ces hypothèses, les énergies renouvelables restent les plus économiques à long terme », explique Arnaud Leroy, président de l’Ademe.

Cette étude compare les coûts complets de transition énergétique et économique du mix électrique de 7 scenarii qui représentent autant de jeux d’hypothèses (ex : efficacité énergétique élevée, faible acceptabilité des EnR ou encore EPR en série). Il ressort de ces trajectoires que la construction d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération (EPR) ne serait pas compétitive dans le système électrique français. D’un point de vue économique, l’Ademe recommande un rythme de fermeture du parc existant par tiers : 30% des réacteurs à l’âge de 40 ans, 30% à 50 ans et 30% à 60 ans. « La fermeture systématique des centrales à 50 ans génère des coûts supplémentaires lorsque la capacité nucléaire totale passe en deçà des 30 GW », indique l’étude.

Intermittence Vs Flexibilité

Le poids des énergies renouvelables dans le mix électrique croît fortement dans les 7 scenarii grâce à leurs coûts de production plus faibles. En fonction des technologies, les coûts des énergies renouvelables en 2050 oscillent entre 33 et 50 €/MWh. « Selon nos prévisions, les EnR doivent pouvoir se passer de subventions publiques en 2035, une date qui peut être décalée de 10 ans en cas de prolongation de la durée d’exploitation des réacteurs nucléaires. En effet, une production nucléaire abondante participe à tirer les prix spot à la baisse, donc retarde le break-even », analyse David Marchal, chef de service adjoint réseaux et énergies renouvelables à l’Ademe.

Quid du réseau avec une telle pénétration des renouvelables ? L’Ademe se veut  confiante sur ce point. L’intermittence des énergies renouvelables peut être compensée par les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) déjà bien développées en France, et dont 2 GW de gisement resteraient à construire, mais l’agence mise surtout sur les outils de flexibilité. « Nous avons repris toutes les hypothèses de RTE, donc également celle sur les véhicules électriques. Or, à l’horizon 2035, le gestionnaire de réseau prévoit 16 millions de VE sur les routes. Ce sont autant de moyens de réguler la fréquence sur le réseau par des outils adaptés de recharge intelligente. Grâce à ces systèmes nous ne prévoyons pas de besoins en stockage électro-chimique (batteries) avant 2040-2050 », affirme David Marchal. Selon les prévisions de l’Ademe, à cet horizon le stockage par batterie sera compris entre 12 et 18 GW, alors que la charge pilotable des VE pourra couvrir dans certaines situations jusqu’à un quart de la consommation. Très ambitieux.

Quid du social ?

Le volet social n’a pas été traité dans cet exercice de prévisions énergétiques qui se voulait avant tout un comparatif des coûts par filières. L’étude ne prend donc pas en compte les impacts des décisions de politique énergétique en matière d’emploi ou de tissu industriel. Une faiblesse qui ne prend pas en compte certains coûts indirects, comme ceux des reconversions par exemple, qui peuvent être très élevés comme à Fessenheim.

Le verdissement du mix électrique a cependant l’avantage de réduire le coût complet de l’électricité. Selon les calculs de l’Ademe, la hausse progressive de la part de renouvelable fait tendre le coût total de l’électricité facturée au consommateur vers 90 €/MWh hors taxes (contre 100€/MWh actuellement), et ce, malgré l’augmentation prévisible du prix des énergies fossiles et du CO2. A noter que l’étude s’inscrivait « dans un contexte d’augmentation de la taxation du carbone », une dynamique remise en cause par le gouvernement suite au mouvement des gilets jaunes. Or, la contribution climat-énergie est un outil précieux en faveur des EnR en renchérissant les énergies fossiles. « Il faut garder la trajectoire sinon des projets renouvelables vont tomber à l’eau comme ce fut le cas il y a quelques années lorsque le prix du gaz naturel se sont effondrés », se remémore Arnaud Leroy.

*Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie
**Réseau de Transport d’Electricité et la Direction Générale de l’Energie et du Climat