Libérez l autoconsommation solaire !

David Dornbusch/ décembre 11, 2018/ Vertsun actualité

Par Alternatives Economiques. (Anne Bringault Membre du réseau pour la transition énergétique et du réseau action climat) . Le soleil a le vent en poupe ! Le ministère de la Transition écologique et solidaire a présenté le 28 juin dernier son plan solaire pour accélérer le déploiement du photovoltaïque et l autoconsommation solaire en France. S’appuyant sur les grands groupes de l’énergie et de la grande distribution, il encourage surtout l’installation de grands parcs solaires au sol ou sur de grandes toitures

La réglementation actuelle bride l’autoconsommation solaire en limitant la taille des installations

Cependant, alors que de nombreux Français souhaitent produire par eux-mêmes et consommer de l’électricité verte et contribuer ainsi à la transition énergétique, la réglementation actuelle bride l’autoconsommation solaire en limitant la taille des installations individuelles. En corsetant ainsi la production domestique d’électricité solaire sous prétexte d’un gain illusoire d’autonomie, le gouvernement passe à côté d’un pan essentiel de la transition énergétique et promeut de fait le chacun pour soi.

Un potentiel considérable

Produire et consommer sa propre électricité grâce à des panneaux solaires installés sur son toit ? Un phénomène de niche qui tend à se développer. En 2017, l’autoconsommation solaire a représenté, avec 14 000 dossiers, 14 % de la puissance cumulée des raccordements réalisés par Enedis pour les systèmes de moins de 100 kW (650 m2). RTE prévoit que 3,8 millions de foyers pourraient être équipés de panneaux solaires en autoconsommation solaire en 2035 pour une puissance installée de 9 à 10 GW (sur un gisement de 19 GW sur les toitures des maisons individuelles bien orientées), ce qui pourrait représenter 20 % environ des capacités totales photovoltaïques installées en 2035 et une production de l’ordre de 10 TWh. Pour Enedis, les prévisions sont encore plus hautes avec 5,8 à 11,6 millions de foyers équipés à cette échéance. Mais les freins actuels, en particulier l’achat à un tarif sous-évalué (0,10 €/kWh) des surplus d’électricité, risquent d’entraver ce mouvement et d’avoir des effets pervers.

A LIRE ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°385 – 11/2018

Des installations sous-dimensionnées

Les progrès techniques et économiques considérables de la filière photovoltaïque (PV) l’ont fait passer en trois décennies d’une niche coûteuse, réservée aux sites isolés et aux satellites, à la compétition directe avec tous les autres moyens de production, aujourd’hui dans les régions très ensoleillées, demain sous toutes les latitudes. Outre une baisse régulière de ses coûts aussi spectaculaire par son ampleur que par sa durée, le PV se caractérise par une modularité intrinsèque, une très grande facilité de mise en œuvre et un fonctionnement exempt de nuisances qui en font le vecteur par excellence d’une décentralisation poussée de la production d’électricité. Cependant, la lourdeur des démarches à entreprendre pour vendre leurs surplus d’électricité incite les ménages à limiter la taille de leur installation en sorte que la production ne dépasse jamais la consommation. Les arguments commerciaux des installateurs se sont donc centrés sur la baisse de la facture d’électricité, pas sur les revenus générés par la vente d’électricité.

Le mythe de l’autarcie

Les installations tendent ainsi à être sous-dimensionnées, réduisant d’autant la production solaire qui serait pourtant utile pour la transition énergétique. Pire, le mythe d’une certaine forme d’autarcie fait miroiter des solutions s’appuyant sur des panneaux solaires couplés à une batterie installée dans la maison, alors que les surplus pourraient être utilisés par des logements proches n’ayant pas la chance d’avoir un toit orienté au sud ou par des bâtiments voisins, magasins ou bureaux, ayant une forte activité en journée.

RENOUVELABLES

Le réseau électrique est d’ailleurs l’outil idéal de mutualisation pour mettre une production excédentaire à la disposition d’autres consommateurs. Si un stockage s’avère un jour nécessaire, il sera bien plus pertinent dans une approche collective, afin d’optimiser l’équilibre entre production et consommation à l’échelle d’un îlot, d’un quartier ou d’un village, voire d’une ville entière.

Vendre son surplus est réservé aux plus motivés

Vendre son surplus à son fournisseur d’électricité, ce qui devrait être naturel, est actuellement réservé aux plus motivés : coûts de transaction, procédures complexes, délais incertains, calcul impossible des revenus générés du fait du mélange entre prime d’installation et tarif au kWh. Si la production d’électricité d’origine renouvelable est une priorité, alors le potentiel du PV sur les toits ne peut plus être ainsi gâché.

Trois mesures urgentes

Trois mesures doivent être prises au plus vite :

– Un alignement du prix d’achat des surplus sur les tarifs d’achat en « vente totale » de la production ;

– La possibilité de vendre son électricité à n’importe quel fournisseur et pas seulement à EDF ;

– La modulation régionale des tarifs d’achat pour permettre un développement harmonieux du solaire dans toutes les régions.

Il est temps de consolider la filière française solaire, actuellement en plein développement après des années noires liées à des politiques trop changeantes. Mais cela ne peut pas passer seulement par des installations de forte puissance opérées par les grands de l’énergie, d’un côté, et une production individuelle bridée sans justification, de l’autre.

Pour que le soleil prenne toute sa place comme le scande la communication de Sébastien Lecornu (#placeausoleil), il faut aussi que chaque territoire, même au nord de la France, et chaque citoyen, même dépourvu d’un toit orienté au sud, puissent contribuer à l’effort commun et en tirer les bénéfices qui vont avec : pour cela, il est urgent de libérer le solaire !