ENERGIE RENOUVELABLE En France, produire de l’électricité est la chasse gardée de l’Etat et de quelques grandes entreprises. Mais des collectifs citoyens montent des projets de fermes solaires et éoliennes. Avec l’envie de booster les énergies renouvelables…

 
Le collectif des Survoltés de l'Aubais dans le Gard a inauguré son parc solaire au début de l'été dernier.
Le collectif des Survoltés de l’Aubais dans le Gard a inauguré son parc solaire au début de l’été dernier. — Agathe Salem/Survoltés de l’Aubais
  • 270 projets d’énergie citoyenne ont vu le jour ou sont en cours de construction aujourd’hui en France. Des fermes solaires, des parcs éoliens, des projets de méthanisation ou de géothermie.
  • Ces projets sont portés par des collectifs d’habitants et accompagnés par des investisseurs particuliers, tous soucieux de promouvoir les énergies renouvelables en France.
  • Après-demain, un documentaire diffusé ce mardi soir sur France 2, en partenariat avec 20 Minutes, revient sur une de ces initiatives.

Il a fait beau jeudi à Aubais, petit village du Gard à mi-chemin entre Nîmes et Montpellier. Suffisamment beau pour que la ferme solaire locale, en service depuis juin, produise près de 800 kilowattheures d’électricité sur la journée. Une belle performance en cette fin d’automne et qui rassure pour la suite : les Survoltés d’Aubais ne devraient pas avoir trop de soucis à atteindre les 380 mégawattheures d’électricité qu’ils se sont engagés à injecter chaque année dans le réseau auprès de ’Enercoop, le fournisseur d’électricité qui leur rachète la production. Soit l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité (hors chauffage) de 150 foyers.

Une ferme solaire sur une ancienne décharge

Les survoltés d’Aubais ? Un collectif de 274 sociétaires qui ont mis une partie de leur épargne en commun -500 euros en moyenne- pour mettre sur pied ce projet d’énergie renouvelable et citoyenne. « Pour moitié, des habitants des environs, précise Antoine Rousseau, un de ces « survoltés ». Le noyau dur du groupe s’est rencontré lors des manifestations contre les projets d’exploitation de gaz de schiste dans les Cèvennes. Fin 2011, ils obtiennent gain de cause : les permis d’exploration des gaz de schiste dans la région sont abrogés. « Nous nous sommes retrouvés un peu penaud à se demander ce que nous pourrions faire de la dynamique créée, reprend Antoine Rousseau. Nous ne voulions plus nous battre contre mais pour quelque chose. »

Alors lorsque la région Occitanie lance un appel à projet « énergies positives et citoyennes » en 2014, les Survoltés sautent sur l’occasion en proposant de bâtir sur le site d’une ancienne décharge de la commune, un parc de panneaux photovoltaïques. C’est la première particularité des Survoltés d’Aubais : valoriser un terrain qui n’est ni constructible, ni cultivable. La deuxième ? « Nous n’avons pas emprunté un seul euro aux banques, » indique Antoine Rousseau. La souscription citoyenne a permis de réunir 170.000 euros et la région Occitanie en a donné 100.000 de plus. Enfin, Énergie Partagée, un fonds d’investissement composé d’actionnaires particuliers qui accompagne des projets d’énergie citoyenne, a contribué à hauteur de 50.000 euros. »

270 projets d’énergie citoyenne

Suffisant pour assurer la location du terrain à la ville, faire construire et installer les 714 panneaux photovoltaïques et voilà la ferme solaire des Survoltés d’Aubais partie pour 30 ans. « Il faudra bien sûr entretenir le parc, gérer l’administratif, rembourser les souscripteurs etc, liste Antoine Rousseau. Nous avons aussi prévu de reverser 10 % de nos bénéfices à d’autres projets locaux en faveur de l’environnement, une façon de rembourser les 100.000 euros versés par la région Occitanie. C’est notre troisième particularité. »

Mises bout à bout, ces singularités font des Survoltés d’Aubais un des « projets pépites d’énergie citoyenne » dont aime parler Marc Mossalgue, porte-parole d’Energie partagée. Mais il y en a plein d’autres aujourd’hui en France. Depuis sa création en 2010, le fonds d’investissement a aidé à se monter 270 collectifs d’énergie citoyenne et en a accompagné 50 financièrement. « Les plus gros, ceux qui avaient besoin d’un complément de capital d’au moins 50.000 euros », précise Marc Mossalgue.

Toitures solaires, parc éolien, méthanisation, géothermie…

Dans Après-Demain, documentaire diffusé ce mardi soir sur France 2*, en partenariat avec 20 Minutes, le réalisateur Cyril Dion est lui allé voir les « Solaires d’ici », un collectif d’habitants de la métropole grenobloise qui se sont mis en tête, avec l’aide des collectivités locales, d’installer des panneaux solaires sur les toits d’écoles et autres bâtiments publics. Vingt toits ont d’ores et déjà leurs panneaux photovoltaïques. Les « Solaires d’ici » prévoient d’en équiper 80 autres d’ici 2020 et d’injecter dans le réseau électrique l’équivalent de la consommation de 500 foyers (hors chauffage).

Un grand classique de l’énergie citoyenne. « Les projets de toiture photovoltaïque sont aujourd’hui les projets les plus simples et rapides à mener, explique tout simplement Marc Mossalgue. Les barrières réglementaires sont notamment moins fortes, si bien qu’en un an, votre centrale solaire peut être opérationnelle. » Comptez en revanche trois ans en moyenne pour faire aboutir un parc solaire comme celui des Survoltés d’Aubais, et sept à huit années pour une ferme éolienne ou un méthaniseur, technologie qui permet de produire de l’énergie à partir de biodéchets. « Le plus compliqué n’est pas toujours de réunir les fonds ou de concevoir techniquement la centrale d’énergie, prévient alors Antoine Rousseau. Il est bien plus difficile de mobiliser les porteurs du projet sur la durée, témoigne le Survolté d’Aubais. C’est beaucoup de réunions. »

Malgré tout, de plus en plus de collectifs citoyens relèvent le défi, quitte à se frotter aux filières les plus compliquées. Sur les 270 projets d’énergie citoyennes en France, 50 sont dans l’éolien, cinq dans la méthanisation, deux autres encore explorent la piste de lagéothermie, un mode de chauffage naturel utilisant les calories contenues dans le sol.

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Reprendre la main sur l’énergie

Surtout, il n’y a plus un coin de France qui échappe à cette vague d’énergie citoyenne. Même à Paris, des intrépides essaient. C’est le cas d’Enercitif, un collectif d’une trentaine d’habitants qui projette de développer 15 à 20 centrales solaires sur les toits de bâtiments publics d’ici 2020 afin d’y produire l’équivalent de la consommation électrique de 500 à 600 foyers. « Enfin, c’était le projet initial, glisse Patrick Gueze, le président. Malgré le soutien de la ville, tout est plus compliqué ici, notamment sur les questions juridiques. » La mise en service des cinq premières centrales que le collectif espérait pour le premier semestre 2019 est repoussé de six mois. « Mais nous n’abandonnons pas, insiste Patrick Gueze. Mais si Paris compte déjà quelques centrales solaires sur ses toits portées par des entreprises, il faut aussi que des habitants s’engagent dans cette voie et fassent monter en puissance la mobilisation sur la transition énergétique. »

Cette ambition est en effet dans l’ADN de la quasi-totalité des collectifs d’énergie citoyenne. « Il y a cette envie de produire et décentraliser la production d’électricité française, explique Marc Mossalgue. Autrement dit, de reprendre la main sur une thématique que se sont accaparés l’Etat et une poignée de grandes entreprises en France, si bien que le citoyen n’a jamais son mot à dire. »

Produire 15 % de la production française d’ici 2030 ?

A ce jour, les 50 projets dans lesquels Énergie Partagée a pris financièrement des parts permettent de produire 232 gigawattheure chaque année. « C’est à peine 1 % de la production française d’électricité, admet Marc Mossalgue. Mais nous espérons atteindre les 15 % à l’horizon 2030. » L’Allemagne est déjà très loin devant. Les énergies renouvelables (EnR) représentent 30 % de la production globale d’électricité allemande. Et 42 % de ces EnR proviennent de l’énergie citoyenne.