Par Green Univers . « C’est une bonne PPE pour l’énergie solaire. La feuille de route manque encore de précisions mais nous ne sommes pas à des années-lumière de la bonne trajectoire », apprécie Daniel Bour, président d’Enerplan et de la Générale du Solaire. De fait, le projet de décret confirme les 20 GW de puissance solaire installée pour 2023 et entre 35,6 GW et 44,5 GW en 2028. Pour rappel, l’Hexagone en était à 7,7 GW fin 2017. L’administration donne une perspective aux appels d’offres actuels, au moins jusqu’en 2024. Soit 2 GW par an et en deux tranches pour les centrales au sol, de préférence installées sur des terrains artificialisés ou dégradés ; la limite de 30 MW par centrale étant maintenue, pour l’instant, pour les terrains non dégradés. Sur les bâtiments, 900 MW annuels sont promis, en trois sessions, pendant 5 ans.

« Le foncier est aussi un sujet où l’on doit discuter »

“La catégorie des toitures est respectée, les terrains  artificialisés privilégiés, c’est une bonne base de discussions”, se réjouit Daniel Bour. Cela dit, comme le fait remarquer Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (SER), « nous devons viser 40 GW en 2028 et nous sommes à 8 GW aujourd’hui. Le photovoltaïque peut certes se construire très vite, mais des éclaircissements restent à obtenir, notamment sur les raccordements et leurs financements. Le foncier est aussi un sujet où l’on doit discuter ». Dans le cadre du futur groupe de travail ministériel, il appelle de ses voeux une réflexion générale sur la mobilisation des surfaces propices au développement solaire. Et rappelle qu’une étude du Cerema affirme possible de développer de fortes puissances dans le sud de l’Hexagone sans affecter ni les surfaces agricoles ni les forêts. La PPE dans sa forme actuelle semble soucieuse d’éviter un développement solaire trop agressif, les pouvoirs publics comptant à cette fin encourager l’agrivoltaïsme et le solaire sur l’eau.

PPE centrale solaire flottant
centrale solaire flottant

Autoconsommation : une PPE « incohérente » ?

En revanche, la politique publique à l’égard de l’autoconsommation reste peu lisible. Le SER et Enerplan partagent le même sentiment : une forme d’incompréhension. En effet, le projet de texte considère d’un côté l’autoconsommation comme “une tendance lourde qui va redessiner le paysage énergétique de la France” et propose de l’encourager par diverses mesures sur le tiers investissement, de nouvelles possibilités pour l’autoconsommation collective et son financement, un appel d’offres porté à 1 MW et l’extension de la maille des projets collectifs. Mais de l’autre côté, le document planificateur ne prévoit que 65 000 à 100 000 sites en autoconsommation en 2023, à comparer aux 40 000 actuels. “C’est très faible, incohérent avec la tendance. Nous avons besoin de précisions…” demande Daniel Bour. « L’objectif bas de 65 000 sites en 2023 se révélerait inférieur à ce que peuvent prévoir les gestionnaires de réseau dans leurs propres scénarios », fait remarquer Alexandre Roesch.

Solaire thermique : prudence sur le long terme

Quid du solaire thermique ? Le segment se trouve encouragé mais ne bénéficie pas de grandes ambitions. Une cible de 2 TWh lui est fixée pour 2023 (contre 1 TWh en 2016) et pour 2028, la fourchette prévoit entre 2 TWh (soit une stagnation en cinq ans !) et 3 TWh. Alexandre Roesch s’étonne du manque de perspectives à dix ans et attend lui aussi des détails, en particulier sur les dynamiques dans les secteurs résidentiel et industriel. Le SER espère en effet doubler la capacité thermique installée chez les particuliers d’ici 5 ans – ce qui correspond assez bien au texte de l’administration – mais souhaite aussi poursuivre la tendance les années suivantes. Les futures révisions et actualisations de la PPE, en 2023 justement, le permettront peut-être…