Par Green Univers. RTE avait prévenu : « le système réseau électrique français sera équilibré mais sans marge jusqu’en 2020 », écrivait en fin d’année dernière le gestionnaire du réseau de transport électrique dans son bilan prévisionnel. En ce début 2019, il le réaffirme : « le système réseau électrique est plus vulnérable qu’avant », soulignait ce 30 janvier François Brottes, président du directoire de RTE, à l’occasion d’une rencontre avec des journalistes.

A une nuance près : cette vulnérabilité n’est pas conjoncturelle. Elle marque une vraie tendance de fond compte-tenu de la transformation en cours du mix électrique. Cette évolution amène aujourd’hui RTE à affiner sa position sur des sujets pesant sur l’équilibre et la flexibilité du réseau. Tels que les appels d’offres pour les effacements de consommation et l’essor de la mobilité électrique.

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De nouvelles études lancées

Globalement, le réseau électrique français est confronté à de plus en plus d’incertitudes. Elles sont variées et, surtout, la situation évolue sans cesse. Certaines causes sont extérieures à la France. Par exemple, les incertitudes politiques dans les Balkans, notamment entre le Kosovo et la Serbie. La difficile gestion là-bas de l’équilibre du réseau électrique peut avoir un impact à l’échelle du continent. Peut-être cela a-t-il d’ailleurs joué un rôle dans la baisse de fréquence sur le réseau européen le 10 janvier. La fréquence était alors descendue à 49,81 Hz, contre 50 Hz dans une situation d’équilibre. RTE a dû demander à 22 sites industriels électro-intensifs de baisser immédiatement leurs consommations pendant 20 à 45 minutes, pour réduire la puissance appelée sur le réseau français de plus de 1500 MW.

D’autres incertitudes sont franco-françaises. RTE travaille par exemple sur des scénarios où le démarrage de l’EPR de Flamanville serait encore retardé. Plus largement, à la demande du gouvernement, il va aussi affiner son bilan prévisionnel pour évaluer la sensibilité à plusieurs paramètres : date de mise en service de la centrale à gaz de Landivisiau, arrêt ou reconversion de la centrale à charbon de Cordemais, projet d’interconnexion avec l’Angleterre, durée des visites décennales des réacteurs nucléaires…

De nouvelles règles pour les effacements

Le rythme de raccordement des énergies renouvelables est aussi au centre des attentions. L’an dernier, la production d’électricité décentralisée n’a pas toujours trouvé preneur à proximité. La remontée d’énergie depuis le réseau de distribution d’Enedis vers le réseau de transport de RTE a même bondi de +180%.

Dans ce contexte, RTE veut anticiper certaines évolutions pour mieux les cadrer. A commencer par le développement de la mobilité électrique, sur laquelle mise beaucoup le gouvernement. RTE veut éviter qu’elle ne déstabilise le réseau. En mars prochain, il va dévoiler ses prescriptions pour canaliser les recharges des véhicules. Les simulations sont en cours. Même s’il est trop tôt pour en tirer des conclusions, les recharges lentes et/ou effectuées la nuit devraient avoir la préférence du gestionnaire de réseau.

RTE veut aussi améliorer les effacements de consommation. « Un excellent moyen pour gagner en flexibilité », estime François Brottes. « Il faut continuer à les développer. » Mais à condition de fiabiliser le dispositif, qui peine à se développer pour l’instant. Dans les prochains jours, le cahier des charges du prochain appel d’offres (pour 2020) doit être mise en consultation. Il comprendra des évolutions. Par exemple pour réduire le délai séparant le moment où les primes sont versées et celui où les pénalités sont appliquées. D’autres questions se posent, notamment sur le volume de l’appel d’offres. Ou encore sur le niveau des pénalités. Celles-ci ne seront pas forcément augmentées. Au contraire, l’une des questions posées est de savoir si elles ne sont pas trop élevées, au point de faire perdre au mécanisme sa crédibilité.