L’empreinte carbone des français, un sujet tabou ?

David Dornbusch/ mars 14, 2019/ Vertsun Le Blog

C’est quoi l’empreinte carbone ? Par Ravijen

L’empreinte carbone correspond aux émissions de gaz à effet de serre liées à notre consommation. C’est à dire notre mode de vie. Cette approche se distingue de l’inventaire national du bilan carbone, qui elle mesure les émissions liées à l’activité économique. Dans l’inventaire national, le calcul permet aussi de déduire le carbone fixé par la forêt et l’agriculture. Par exemple pour la France, en 2015[1], avec la méthode de l’inventaire national, la France à des émissions brutes de 7.1 T de CO2 eq par habitant, mais 6.52 seulement, si l’on considère la fixation de carbone par notre forêt et nos sols. Par contre, l’empreinte carbone de la consommation des Français est estimée  à 11 130 kg COé eq/hab pour l’année 2012[2]. Une autre approche globale en 2015 estime l’empreinte carbone des Français à 11 900 kg de CO2 eq[3]. Sur l’année 2015, cette empreinte, comparée au bilan carbone, montre que celle ci est à 60% liée à des importations.

D’un côté, selon la méthode du bilan carbone, les émissions de CO2 d’un taxi, seront attribuées au chauffeur du taxi (acteur économique). De l’autre, selon la méthode de l’empreinte carbone, les émissions de chaque voyage seront affectées à chaque passager.

L’intérêt de l’empreinte carbone, c’est qu’elle permet de lier nos émissions de Gaz à effet de serre avec notre mode de vie et nos actes de consommation. Comme le présente l’éclatement par poste ci-dessous. Par contre, les données publiques manquent d’actualisation, et surtout, ne permettent pas une analyse dans le détail de cette empreinte carbone. C’est pourquoi, j’ai réalisé ce travail.

12 Tonnes de CO2 par Français ! (en moyenne)

Ce calcul, dont la méthodologie est présentée en fin d’article abouti à une empreinte de 12 092 kg/français/an. Compte tenu des diverses incertitudes, nous pouvons arrondir à 12 T/an en moyenne. Notons ici qu’avec l’autoconsommation on agit sur 2 des 4 postes le transport si on passe en véhicule électrique et le logement.

En moyenne, car il existe de fortes disparités entre les niveaux de consommation : Ceux qui n’utilisent pas de voiture, ou ne prennent jamais l’avion ont déjà envie de le dire !

Cette approche globale et moyenne est un outil précieux pour déterminer les axes de progrès sur notre empreinte carbone. Sans surprise, les transports et en particulier la voiture occupent une place prépondérante dans nos émissions (16.33%). Tout comme notre alimentation, ou l’énergie de nos habitations.

Le transport

La voiture, est sans conteste le plus gros contributeur de notre empreinte carbone. Non seulement son usage est directement émetteur de CO2, mais également son achat est un lourd contributeur. Selon son pays d’origine et l’énergie (nucléaire ou charbon) utilisée pour sa fabrication, une voiture émet de 5 à 8 kg de CO2/kg de voiture.

Si l’achat d’une Twingo (820 kg) est émetteur de 4100 kg de CO2, l’achat d’un SUV Mercedes type GLA (2 T 500 kg) émet de l’ordre de 18750 kg de CO2. Ramené en “km de twingo” l’achat de ce type de SUV équivaut à 190 000 km….

Le premier moyen de réduire les émissions du secteur de l’automobile, c’est de réduire les achats de voiture. Le second, c’est de réduire l’usage de la voiture. Loin d’être une évidence, quand nos modes de vie sont bâtis sur cet usage !

La voiture électrique, ne pourra vraisemblablement pas remplacer la voiture thermique dans son volume actuel. 32 Millions de véhicules particuliers sont immatriculés en France. Notons qu’au rythme actuel d’extraction du lithium (39 000 T/an en 2016) et du besoin de 5 kg de ce métal par véhicule, Il serait possible de produire mondialement 8 millions de voitures par an, en réservant tout le lithium à cet usage. Soit 9% des 97 millions de véhicules produits par an dans le monde. De plus, aujourd’hui, il ne semble pas se dégager d’alternative au lithium pour cet usage. Enfin, la voiture électrique n’est propre uniquement dans un contexte où l’électricité est décarbonée, comme le montre une étude Ademe[4]. En France une voiture effectue en moyenne 12500 km par an, dont 39% pour les trajets liés au travail[5].

Selon l’Insee, 58% des personnes ayant moins de 1 km pour se rendre à leur travail utilisent la voiture[6]. La distance médiane domicile-travail est de 8 km. Des distances qui seraient facilement substituables par des transports en communs ou cyclistes.

L’avion, est également un contributeur majeur, de notre empreinte carbone. En dehors de l’usage professionnel, il sera certainement discutable de continuer à utiliser ce type de transport pour le tourisme. Les transports en commun restent le moyen le moins carboné de se déplacer, avec 3.7 g de CO2/passager/km pour le TGV.

Le logement

La taille moyenne des logements a augmenté depuis 40 ans. Notamment en doublant presque la surface habitable par personne. Nous sommes passé de 23 à 40 m2/personne[7]. Cela explique l’impact énergétique du logement : A efficacité énergétique comparable, il faut plus d’énergie pour chauffer … plus de surface. En 2008, la consommation d’énergie primaire par logement était de 196 kWH/m2/an, contre 356 kwh/m2/an en 1973[8]. De telle sorte que en terme d’efficience énergétique, nous n’avons gagné que 4% sur cette période ! 

Focus sur l’interaction logement-transport

L’essor de l’habitat individuel dispersé, couplé à l’usage de la voiture, est un facteur majeur de nos émissions de gaz à effet de serre. Chaque année, en France, la construction de nouveau lotissement est responsable de l’artificialisation de 55 000 ha[9]. Ce mode d’habitat est non seulement consommateur d’espace agricole, la première atteinte à la biodiversité, mais est la manière de se loger la plus émettrice de GES, tant dans la construction des logements, que la consommation énergétique de ceux-ci. De plus ce mode d’habitat oblige à de nombreux déplacements souvent opérés en voiture. Si on évoque souvent la voiture comme indispensable aux ruraux, il serait plus juste de dire qu’elle est indispensable aux “rurbains”. Les urbains qui vivent à la campagne. Autrefois, vivre à la campagne était synonyme d’un moindre accès aux commerces, à la culture et la société du loisir. Aujourd’hui il est possible de profiter de la ville et de dormir en zone rurale grâce à la voiture. Est ce durable ?

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Focus sur Internet et les NTIC

La consommation de technologies, Hifi et objets connectés et la consommation d’énergie induite par ces usages est un facteur sur lequel la vigilance doit se porter. Un récent rapport du theShiftProject[10] indique qu’en 2017, l’usage d’internet est la cause de 1.850 Gigatonne d’émission de CO2, soit 3.6 % des émissions mondiales. Cette activité connaît une forte croissance. Sans politique volontariste, Les émissions liées à l’usage d’internet pourraient représenter près de 3.6 Gt en 2025. A l’échelle du consommateur, l’achat d’équipement neuf est le premier facteur d’émission, et donc le premier levier d’action. D’un côté les NTIC peuvent être de formidable levier pour réduire les émissions de GES de nos activités économiques (avec un potentiel de gain estimé à 15%). D’un autre côté, le développement des vidéos en ligne (netflix…) qui représente aujourd’hui 57% du trafic mondial, et qui pourra à court terme atteindre 80% du trafic, sont un nouveau segment de consommation très énergivore.

Focus sur l’alimentation

Il est très souvent fait état de l’impact de l’alimentation sur nos émissions de GES, notamment sous l’impulsion de groupes végans. Il est certain que la consommation de produits d’origine animale est l’un des grands postes d’émission de Gaz à effets de Serre. il faut toutefois noter qu’une réduction de consommation de produits d’origine animal devra être compensée par des produits végétaux variés. Si 100 kcal apportés par de la viande émettent 505 g de CO2-eq, il faut comparer cela d’une part au 46 g de CO2 émis par 100 kcal apporté par des pâtes, ou au 306 g pour la même ration calorique en légumes frais[11]…. Le potentiel de réduction sur ce critère est réel, mais complexe. De plus de nombreux nutritionnistes, si ils recommandent de réduire la consommation de viande, ne recommande pas sa disparition[12]. Enfin, notons que les boissons, représentent 263 kg de CO2 émis par an. Nous émettons plus de GES par notre consommation d’alcool que de poulet.